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Revivez notre rencontre « Je viens de loin, j’écris en français » avec Rachid Benzine, Zainab Fasiki et Leïla Slimani

“Merci pour ce débat et ces prises de paroles aussi passionnantes que nécessaires ! Bravo à vous !” - Delphine (Rabat - Maroc)  présente à la rencontre

Le 11 février dernier, en partenariat avec le réseau des Instituts français au Maroc, l’ambassade de France au Maroc, et le Comité d’Entreprise de la RATP, et avec le soutien de l’Institut Français et de la Fondation des Alliances françaises, s’est tenue en ligne une nouvelle édition des rencontres « Je viens de loin, j’écris en français » avec Rachid Benzine, Zainab Fasiki et Leïla Slimani, trois auteurs d’origines marocaines. 

Organisées depuis 2017, les rencontres « Je viens de loin, j’écris en français », animées par le journaliste et éditeur Bernard Magnier, donnent la parole à des auteurs (réalisateurs, écrivains, scénaristes de bande-dessinées...) venus d’ailleurs qui ont choisi de s’exprimer en langue française.

Cette soirée sur le thème des Silences et Tabous aura été l’occasion pour l’Alliance française de Paris d’être pour la première fois en direct avec une institution partenaire, l’Institut français du Maroc à Rabat, et de proposer au public une rencontre située simultanément entre deux pays : le Maroc et la France. 

Suivis en direct par plus d’un millier de spectateurs, Bernard Magnier et ses trois invités ont évoqué ensemble leur parcours d’écrivain.e, ainsi que l’impact et le rôle que la littérature peut - ou doit - avoir dans une société.

Pour Leïla Slimani, “le but du romancier n’est pas de comprendre les grandes logiques abstraites et théoriques historiques, mais de restituer les tout petits détails”. Elle indique d’ailleurs qu’écrire de la fiction revient à recréer de l’humanité et de la vie sans porter de jugement. 

Rachid Benzine appuie ce point de vue en défendant que “la littérature doit être le lieu de l’expérience” et qu’elle permet de réhumaniser l’autre. 


“On se méfie énormément de la littérature dans le monde arabe, parce qu’elle vient concurrencer un autre texte qui est le texte sacré. Ce n’est pas pour rien que le roman n’est pas né dans les pays arabes et qu’il a du mal à s’y développer, car d’un seul coup on fait d’autres expériences que l’expérience religieuse.” - Rachid Benzine

Zainab Fasiki quant à elle se décrit comme étant une “artiviste”, néologisme mêlant les mots artiste et activiste, ce qui pour elle relève de “la responsabilité d’illustrer les multiples réalités de la société et offrir ces images au spectateur, lecteur, internaute… pour qu’ils aient conscience des problèmes qui existent dans leur environnement.”.

Ils se sont ensuite attardés plus longuement sur le thème de la rencontre - Silences et Tabous - en évoquant les pressions exercées sur les femmes, le patriarcat et plus généralement les relations hommes/femmes, l’éducation apportée aux jeunes générations... 

Leïla comme Zainab regrettent le manque de vocabulaire en arabe pour décrire les parties du corps et pour parler de sexualité, et soutiennent qu’une libération de ces tabous sera possible lorsque le langage le permettra et que les gens se le seront appropriés.


“Nous sommes dans des sociétés où on fait tout pour nous expliquer, et en particulier quand on est une femme, que la moindre parole de liberté qu’on va avoir va tout détruire. Elle va briser les frontières, les règles, détruire les valeurs, les familles, qu’on sera toute seule, que personne ne nous aimera, que personne ne nous comprendra, qu’on sera déshonorées, salies, et qu’à cause de nous tout le monde sera malheureux.” - Leïla Slimani

Zainab Fasiki salue d’ailleurs les hommes défendant les droits des femmes, et  plaide en faveur d’un militantisme altruiste, en affirmant qu’il est nécessaire de militer pour ses propres droits mais aussi pour ceux des autres.

Rachid Benzine insiste quant à lui sur le pouvoir de l’art pour répondre à ces problématiques et bouleverser les normes.


“Je crois beaucoup à l’art, je crois beaucoup à la fiction car elle permet l’identification. On est suspendus à un livre, un film, une BD, et ça parle à notre imagination. Mais tant que les textes ou l’art ne parlent pas à l’imagination il est très difficile de passer à l’action. Et c’est pour ça que l’imagination est fondamentale. Tant qu’elle ne sera pas bouleversée, les représentations de nous-même et des autres ne changeront pas, et la société non plus.” - Rachid Benzine

La conversation s’est ensuite poursuivie avec Jihane Bougrine, artiste et journaliste culturel, se faisant le relais des questions et témoignages du public. 

Cela aura notamment été l’occasion pour les trois auteurs de revenir sur leur rapport aux réseaux sociaux. Leïla Slimani reconnaît qu’ils sont un espace d’accès à des témoignages qu’on ne verrait pas autrement, mais insiste sur le fait qu’ils sont aussi source de violence et que certaines voix y sont étouffées au profit d’autres plus virulentes. De son côté, Zainab Fasiki les a choisis comme plateforme d’expression privilégiée en raison de la liberté qu’elle y a trouvé et dans le but de diffuser son œuvre au plus grand nombre. Rachid Benzine les rejoint toutes les deux, et soutient que les réseaux sociaux permettent la liberté de la parole mais pas la discussion.

Enfin, quand la problématique de transposer un modèle occidental au Maroc a été soulevé, Zainab Fasiki répond : 


“Il ne faut pas tomber dans un piège en donnant des nationalités aux libertés. Les frontières, les langues, sont créées par l’homme, et nous restons dans ces cercles fermés. Il vaut mieux éviter ce piège et être réunis tous ensemble. C’est ce qu’on partage : l’humanité.” - Zainab Fasiki

Cette rencontre est à revivre dans son intégralité ici :

 

infographie Silence et tabous

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